‘ A room in Brooklyn' (tableau de Hopper en 1939) Travaux d'Armelle Goreux 3 ème 3

 

Son livre était ouvert mais elle ne lisait pas. Elle voyait les mots, tournait les pages, mais ne lisait pas. Elle pensait. C'était tout. Devant elle était un monde qui vivait, un monde qui changeait tout le temps. Là, dehors, devant elle était un monde dans lequel elle ne pouvait plus vivre. Elle devait rester ici, enfermée entre ces murs blancs en train de lire et d'apprendre. Oh, mais il ne fallait pas être si triste! Elle ne devait pas rester enfermée ici pour le reste de sa vie. Elle retrouverait sa liberté lorsqu'elle serait guérie. Oui mais ce jour-là serait celui de ses funérailles. Elle ne serait jamais guérie. Elle ne serait jamais capable de sortir de ces murs pour vraiment vivre ! Ce monde si vaste et si vivant l'appelait; mais ces livres et ces trois grandes fenêtres étaient son seul moyen de communiquer avec cet univers mystérieux.

 

Jacques avait entendu bien des rumeurs sur Catherine. Elle était la plus belle femme au monde ; ou du moins c'est ce que disaient le peu d'hommes qui l'avaient vue. Elle appartenait à la famille la plus riche de la ville, et quand on entendait parler d'elle, elle semblait être une princesse emprisonnée par un sort. Maintenant, lui, il pouvait voir cette princesse.

Il prit son souffle et entra dans la chambre où peu d'hommes étaient entrés. A sa surprise : au lieu d'être remplis de richesses comme les autres chambres de la maison, celle de Catherine était déserte. Il y avait, bien sûr, un lit, un boudoir, une armoire et un petit bureau, mais aussi dans un coin, où se trouvait une alcôve avec des fenêtres sur chacun des trois murs, on trouvait une chaise, une table et un guéridon. La chambre avec tous ses meubles était peinte en vert à l'exception d'une table couverte d'une nappe en velours rouge. Là, se trouvait une boîte, un bouquet de fleurs et la photo d'un homme. Cette photo le rendit jaloux. Qui était-ce ? Catherine en était-elle amoureuse ? Qu'était devenu cet homme ?

Il la vit, Catherine, assise devant lui en train de lire. Elle semblait tellement sereine. Il se réveilla au son d'une voix forte et claire comme celle des cloches aiguës d'une église. C'était celle de Catherine !

« Qui es-tu et que fais-tu dans ma chambre ? » demanda-t-elle

Il se précipita à ses cotés et se mit à balbutier qu'il était venu pour lui apporter un bouquet de fleurs venant d'un admirateur qu'elle ne connaissait pas mais qui l'aimait avec un tel amour qu'il ne pouvait le décrire.

« Mets les fleurs là. » ordonna-t-elle en désignant le guéridon à coté.

Il fut surpris par le peu de réaction qu'elle avait. Il lui demanda :

« Madame, avez-vous déjà eu des cadeaux d'hommes aussi amoureux de vous ?

-Ce n'est point vos affaires », fut sa seule réponse.

Depuis qu'elle était tombée malade, les fleurs qu'elle recevait pratiquement chaque jour d'hommes ensorcelés par sa beauté et son charme avaient disparu. Sa maladie la tuait et tuait tout ce qui l'entourait. Elle attendit un moment pendant lequel elle retint ses larmes qui voulaient tellement couler. Elle s'adressa à l'homme en lui donnant ses excuses et répondant que oui, mais que cela faisait longtemps qu'elle n'en avait pas reçu.

 

Catherine posa son livre et lui demanda : « Veux-tu bien t'asseoir ?

Il prit une chaise du bureau et la déposa à ses cotés devant ces fenêtres qui s'ouvraient sur un océan de cheminées.

Pendant qu'il regardait par la fenêtre, elle l'examina. Qu'il était beau ! Il se tenait droit, chose que les gens de son rang ne faisaient plus beaucoup. Il avait un air d'importance aussi. Etrange ! C'était peu commun que des livreurs ou même autres personnes communes se tiennent comme lui. Malgré sa chemise flottante, elle pouvait entrevoir ses muscles bien définis sur tout son corps. Elle se demanda si son travail exigeait autant d'efforts que ça. Ses cheveux blonds comme le soleil couronnaient un visage durci ayant vu des horreurs de la vie. Mais ses yeux verts étaient les plus remarquables. Elle y voyait une vaste forêt verte avec un jeune homme innocent et perdu. Il cherchait quelque chose, ou quelqu'un ? Avait-elle vu quelque chose dans les arbres ?

Lui aussi la regardait. Les rumeurs étaient vraies, mais pas totalement. Elle n'était pas la plus belle femme qu'il avait jamais vue, mais elle était, quand même, très belle. Sa petite taille ne correspondait point à son regard défiant et curieux, de même que sa peau pâle et lumineuse comme la lune contrastait avec ses cheveux noirs comme la nuit. Normalement le regard d'un homme dévoile sa nature, mais elle, ses yeux, deux grands saphirs, ne dévoilaient que de la curiosité. Elle le regardait droit dans les yeux, il détestait ça. Pourquoi le regardait-elle comme cela ? Elle perçait son âme avec ce regard ! Quoi faire pour qu'elle arrête ?

« Pardon Madame, bonjour. Je m'appelle Jacques et je suis à votre service.

-Oh, elle se réveilla de sa transe, pardon, je me suis point introduite non plus. Je m'appelle Catherine, mais je crois que tu le sais déjà.

-Oui, je crois bien, rit-il.

Ils rirent pendant un moment mais après un silence régna. Aucun des deux ne savait quoi dire.





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