Godfery Furchtgott 3ème3
Texte et creation inspirés par NIGHTHAWKS de EDWARD HOPPER
Tim Simons, assis sur sa chaise au centre du bar triangulaire, attentait ses clients. Vêtu d'un tablier blanc, il portait aussi un petit chapeau blanc ridicule sur ses courts cheveux blonds. A cause de la guerre, presque personne ne sortait à cette heure, juste après le coucher du soleil. Phillie's Bar and Grill était vide. Seul un homme, habillé d'un costume noir et d'un chapeau gris, était assis au bar. Il venait de finir son troisième whiskey. Il en savourait chaque goutte, comme si c'était sa dernière.
Tim commença à siffloter, puis cessa. Un calme étrange régnait. Les rues désertes rappelaient à Tim des « ghost towns » de l'Ouest. En effet, le magasin de l'autre côté de la rue avait fermé deux semaines auparavant.
Le silence fut brisé par le tintement de la petite cloche de la porte. Un homme et une femme entrèrent. Leurs pas retentirent dans le restaurant. Les habits de l'homme ressemblaient à ceux du buveur de whiskey, ce qui est normal, les vêtements des hommes étant presque identiques à cette époque. La femme, par contre, avait des vêtements différents. Ceux-ci consistaient en une belle robe rouge et de petites chaussures de même couleur. Tous deux trouvèrent des places en face de Tim.
« Deux cafés, s'il te plait, Tim, » réclama l'homme d'une voix forte. Je te présente ma fiancée, Marie.
—Enchanté, répondit-il en mettant de la poudre noire dans une énorme machine argentée.
—Demain, continua l'homme, je l'épouserai, et après-demain, je pars.
—Ou ça, John ? demanda Tim.
—Je vais quelque part dans le Pacifique. Sa voix baissa et il devint sérieux. On passera par le détroit de Magellan, puis par Hawaii, et après ça, je ne sais pas.
—Tue-moi un Japonais, dit Tim en riant. Il se leva et remplit deux tasses d'un liquide foncé. Un arôme délicieux se répandit dans la salle.
Le buveur d'alcool posa son verre vide sur le bar.
—Moi aussi, je pars lundi sur le USS Polk. »
Personne ne répondit. Marie regardait ses ongles rouges, puis versa un paquet de crème dans son café. John but toute sa tasse en une gorgée et la donna à Tim, qui la remplit. John demeura pensif. Et s'il mourait là-bas ? Il ne reverrait plus jamais Philadelphie, Marie, ni Hubert, la tortue. Il reviendrait peut-être sans une jambe, ou un bras, peut-être intact, peut-être dans un cercueil. Il imagina une grande boîte noire enveloppée d'un drapeau américain. Il savait maintenant pourquoi on mesurait la taille des soldats quand ils s'engageaient.
Le buveur de whiskey posa un billet et sortit. Quelques tasses de café plus tard, les fiancés partirent, eux aussi. Tim nettoya les tables, décrocha la pancarte « OPEN, » éteignit les lumières et ferma la port e à clef.