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Sophie Hagan 3 e 3
Texte et création inspirés du tableau “Room in New York” de Edward Hopper ” Il était tard. On aurait pu croire qu'Henri et Louise attendaient quelqu'un. Dehors il faisait noir mais la pièce à vivre du vaste appartement était complètement illuminée par de nombreux chandeliers élégants dont la lumière se reflétait sur les murs peints en vert vif. Le jeune couple récemment marié venait juste de s'installer et il n'y avait pas encore beaucoup de meubles. Louise n'avait rien à faire et tapotait distraitement quelques touches du grand piano majestueux que les parents d'Henri leur avaient offert comme cadeau de noces. Louise avait froid dans sa robe de soirée très décolletée dans le dos mais elle l'avait mise pour être belle pour son mari. Celui-ci n'avait même pas remarqué. Après être rentré, Henri s'était assis dans un fauteuil à la table basse pour lire son journal. Il n'avait même pas invité sa femme à se mettre à côté de lui. Louise repoussa une mèche brune de son adorable visage d'une pâleur angélique. Elle se tourna vers Henri pour l'observer. Ses cheveux dorés lui apportaient une élégance divine et ses yeux marron foncés lui donnaient un air mystérieux et presque enjoué. Il était beau. C'est la première chose qui avait frappé Louise quand elle l'avait rencontré. Elle aimait Henri de tout son cœur mais craignait de plus en plus que cela ne soit plus réciproque. Ils devenaient si distants l'un de l'autre…Une larme se forma au coin de son œil. Elle soupira longuement pour garder son calme. Henri n'avait rien entendu et continuait de lire. Louise savait qu'il travaillait dur pour qu'ils puissent tous les deux vivre aisément. Elle savait qu'il était fatigué et aurait bien aimé rester à la maison. Mais Louise savait aussi qu'elle était plus malheureuse que lui car il lui était arrivé quelque chose d'affreux et de désespérant qui la remplissait de terreur chaque fois qu'elle y pensait. Elle ne l'avait bien sûr pas dit à son mari, pensant qu'il avait déjà assez de soucis et que même si elle le lui confiait, il se fâcherait et ne la croirait pas. Elle devrait donc garder ce secret pour elle toute seule et cela la hanterait pour le reste de sa vie. Ses yeux retombèrent sur Henri et elle s'efforça de dire de sa voix la plus agréable : « Chéri, il se fait tard. Tu veux passer à table ? J'ai déjà préparé le diner… -Mmm…plus tard, grommela-t-il simplement sans même lever les yeux. -Chéri, insista-t-elle patiemment, il est neuf heures. Tu pourras le lire au lit, ton journal. -Non. -Tu dois avoir faim tout de même. La voix de Louise tremblait légèrement. -Plus tard, j'ai dit. -Mais chéri…, tenta-t-elle une nouvelle fois. -J'ai dit plus tard ! hurla Henri. Il regardait maintenant Louise droit dans les yeux, Tu ne vois pas que j'ai eu une longue journée et que je veux simplement me reposer sans qu'on soit sur mon dos sans cesse ?! Tu ne te rends pas compte à quel point j'en ai assez de tout ça ! Tu n'as aucune idée, toi ! » C'était la première fois que Louise voyait son mari dans cet état et cette fois-ci, elle ne put retenir ses larmes qui coulèrent rapidement sur ses joues. « Et tu pleures, continua Henri complètement enragé, Toi tu pleures ! Tu n'as pas fini tout ce cinéma ?! » Louise n'en pouvait plus, elle souffrait trop. Elle lâcha : « Si tu savais ! Si tu savais ce que j'ai souffert pendant que tu te « tuais » à travailler ! -Comment oses-tu parler de moi comme ça ? cria Henri, furieux. -On l'aurait appelé Jean comme ton père ou Céleste comme ma mère ! sanglota Louise. -Que dis-tu ?? Mais tu es devenue folle ! -Notre enfant ! Je parle de notre enfant ! L'enfant qui m'a donné la joie puis le désarroi. L'enfant qui est mort alors qu'il n'était même pas né ! » Louise voulait continuer mais elle n'arrivait plus à parler, tant elle était secouée par ses pleurs désespérés. Henri s'était tu, incrédule. Il avait tout compris. Il regardait maintenant sa femme malheureuse devant lui. Sa femme qui avait souffert, sa femme qu'il aimait. Il fixait les grands yeux trempés de Louise, clairs comme l'azur et si innocents. Comment s'était-il permis de lui faire tant de peine ? Tout à coup, Henri fut secoué par de gros sanglots incontrôlables. Louise s'était calmée et se dirigea timidement vers son mari. Celui-ci l'embrassa tendrement. Puis, il la prit dans ses bras et murmura doucement en la baisant sur le front : « Je suis désolé. Je t'aime tellement. C'est fini maintenant. Je resterai près de toi. Tout est fini ma Louise. » |
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