Morgane Holley 3 ème 3 Texte et création inspirés du tableau de Hopper « Chop Suey »

 

Au même instant où 432 couples se disputaient, 154 mouches se faisaient tuer et 989 personnes prenaient leurs douches, Pauline et sa mère Brigitte allaient prendre un thé dans un restaurant, à l'intersection de «  Canal Street » et «  Eldridge Street ». C'était par habitude que Pauline et Brigitte se retrouvaient au restaurant «  Chop Suey » qui appartenait à un certain Yai Ling Lang qui avait immigré de Chine pour s ‘installer à Chinatown. Mais Pauline, elle, savait qu'aujourd'hui était important pour son futur et celui de sa famille bien aimée.

Elle entra pleine d'excitation dans le petit restaurant chinois, et très contente de voir que la lumière du soleil, jaune et chaleureuse, éclairait sa petite table blanche préférée, elle s'en approcha, espérant qu'elle lui porterait bonheur. Pauline posa son sac à main orange au pied de la chaise en bois, et prit la petite lampe verte pour la placer sur le rebord de la fenêtre. Elle ôta son manteau jaune à col de fourrure pour l'accrocher au porte-manteau. Enfin, Pauline s‘assit en attendant sa mère. Quelques minutes passèrent : elle écoutait la conversation d'un couple marié récemment, assis derrière elle, composé d'une très jolie femme et d'un homme qui travaillait à «  Wall Street », tous deux déprimés à cause de la crise boursière.

 

 

 

 

Brigitte entra enfin, le froid du dehors avait gelé ses mains et ses pieds. Malgré le vent si fort qui avait entrainé Brigitte le long des rues, elle était en retard. Elle vit sa très jolie fille tout de suite et vint s'asseoir face à elle.

-« Bonjour. Qu'il fait froid dehors ! s'exclama Brigitte.

-Bonjour maman, oui si froid que le thé est déjà glacial. » rétorqua sa fille.

Brigitte, contente de voir sa fille si heureuse, examinait ses habits. Pauline portait le bonnet bleu qui lui avait été offert par son oncle Ernest au Noël précédent. Elle portait un joli pull vert clair qui faisait ressortir ses beaux yeux bleus. Sa peau blanche comme de la neige contrastait avec ses lèvres pulpeuses couleur framboise. Pauline est si belle pensa sa mère, elle a grandi si vite.

-« Yai, pourrait-on, s'il vous plait, avoir du saké ? demanda Pauline pleine d'exaltation.

-Du saké, chérie ? En quel honneur ?

-Maman, je vais me marier.

-Oh quelle bonne nouvelle ! s'exclama Brigitte de tout son cœur.

-Je suis si contente !

-Mais avec qui te maries-tu ?

-Avec James Alencore » dit Pauline en souriant.

Tout à coup la joie extrême que Brigitte avait éprouvée disparut. Elle sentit son cœur transpercé comme par une pique d'acier.

-« Non » s'écria la mère furieuse.

Pauline dit à sa mère en pleurnichant qu'elle l'aimait.

-« Mais tu sais très bien qu'il est malhonnête et déloyal. Tout le monde dit qu'il traîne dans les cabarets et même qu'il a rencontre Joséphine Baker dans la Revue des Revues !

-Il a changé... supplia Pauline.

-Tu ne recevras pas le consentement de ton père ni le mien » cria Brigitte.

Puis d'un coup, de façon inhabituelle et inattendue, Pauline se leva, claqua la porte du restaurant et commença à marcher dans la rue.

Brigitte, elle , resta assise sur sa chaise. Yai remplaça la petite théière rouge à côté du bol de Pauline par une nouvelle plus chaude. New-York était devenu silencieux pour les deux femmes parties chacune de leur côté. Le monde n'avançait plus, la misère et le désespoir brûlaient comme une flamme au fond de leurs cœurs.





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