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Lors de notre voyage géologique et culturel au Nouveau Mexique, la soirée du jeudi 3 et la journée du vendredi 4 mars ont été plus particulièrement consacrées à une réflexion sur la linguistique relative à la géologie et sur les mythes de la région liés au programme de Français de première (mythe du “Bon Sauvage” exploité pour l'objet d'étude portant sur l'argumentation). Nous avons pu, sur un mode ludique, vérifier les connaissances acquises pendant le séjour et les mettre en relation avec notre “bagage” culturel. Nous avons également visité une mission espagnole de façon à éclairer notre lecture de Candide de Voltaire.

Le questionnaire suivant a donné lieu à un concours. A vous d'essayer !

Questionnaire

1) Dans quel poème Baudelaire évoque-t-il des “grottes basaltiques”?
a- “L’Invitation au voyage”
b- “La Vie antérieure”
c- “Les Petites Vieilles”

2) Parmi ces trois expressions, laquelle n’existe pas encore ?
a- “miroir de faille”
b- “jupon de faille”
c- “tête de faille”

2) Quel est l’intrus ?
a- Rif
b- Rififi
c- Rift

4) Quel est l’intrus ?
a- Steak tartare
b- Dessert tartare
c- Le Désert des Tartares

5) Quel est le personnage de dessin animé ?
a- Billy the Kid
b- The Roadrunner
c- Calamity Jane
d- Geronimo

6) Chateaubriand, ayant visité l’Amérique du Nord au début du XIXe siècle, a-t-il pu rencontrer des tribus indiennes au Nouveau Mexique ?
a- oui
b- non

7) Hannibal le Carthaginois a-t-il pu faire sauter des roches dans les Alpes avec du vinaigre chaud ?
a- oui
b- non

8) Lequel n’existe pas ?
a- Las Casas
b- Los Casos
c- Las Cases

9) De ces trois volcans, lequel n’est pas explosif ?
a- Le Mont Sainte-Hélène
b- Le Vésuve
c- Le Piton de la Fournaise, à la Réunion

10) Les Indiens exploitaient-ils des mines avant l’arrivée des Espagnols en Amérique ?
a- oui
b- non

11) Quel est l’intrus ?
a- scorie
b- scone
c- cône

12) De ces deux termes : “pyrite”, “pyrogravure”, combien appartiennent au domaine de la géologie ?
a- 0
b- 1
c- 2

13) Ces mots sont-ils de la même famille : calcaire, chaux, calciner ?
a- oui
b- non

14) Par quel rapport l’azurite, la citrine et l’albâtre sont-ils nommés ?
a- la couleur
b- la dureté
c- la composition chimique

15) Pouvait-on se procurer une pierre de lune vers 1900 ?
a- oui
b- non

16) Que signifie l’élément commun à “lapis lazuli”, “lapidaire” et “lapider” ?
a- pierre
b- poison
c- lapin

17) Le vermeil est :
a- une roche
b- un métal
c- un liquide

18) A quoi le blanc de plomb servait-il ?
a- à charger les fusils
b- à se maquiller
c- à faire la lessive

19) Lequel de ces trois mots désigne un minéral ?
a- présure
b- césure
c- céruse

20) Quelle est l’orthographe de la pierre fine noire ?
a- jais
b- jet
c- geais

Les missions espagnoles
Le « pueblo » de Gran Quivira

  Dans la matinée de vendredi, nous avons visité les vestiges du « pueblo » de Quarai, assez semblable à celui de Gran Quivira. C’est de ce dernier que nous avons choisi de vous parler, car c’était le plus grand, compte-tenu de sa démographie. Les Espagnols y fondèrent une mission (du latin « mitto », envoyer) au début du XVIIème siècle, c’est-à- dire une communauté autonome dirigée par des prêtres missionaires, chargée de propager la foi et d’annoncer l’évangile en pays traditionnellement non chrétiens (le mot « évangile » vient du grec « eu », bien et « aggelô », annoncer, et signifie donc « la bonne nouvelle »). Nous allons tout d’abord évoquer la situation de ce « pueblo » avant l’arrivée des Espagnols, puis l’évolution de leurs rapports avec les Indiens, à la lumière des oeuvres littéraires que nous avons étudiées en classe.

  Gran Quivira était un village habité par les descendants des Mogollons. Il a prospéré aux alentours du Xème siècle. Ses habitants étaient installés au sud et à l’ouest de son actuelle localisation et se sont peu à peu répandus dans la région.
C’est un « pueblo » à part, car il est isolé des autres qui se trouvent presque tous à proximité du Rio Grande (Gran Quivira s’en trouve à environ 50 miles). L’autre cours d’eau le plus proche était le Rio Pecos, à 120 miles du village. Il était d’autant plus difficile d’accès qu’il se situait entre deux chaînes de montagnes : la Chupadera Mesa et les montagnes Gallinas. Cette situation géographique engendrait un certain nombre de contraintes quant à l’approvisionnement en eau, en gibier ou en aliments végétaux : les habitants étaient donc obligés de faire des échanges avec les autres villages. Un produit particulièrement important dans le commerce indien, qu’ils pouvaient échanger avec les autres «pueblos », était le sel, que l’on trouvait plus au Nord, dans les lacs salés du bassin de Salinas. En contrepartie, les habitants de Gran Quivira pouvaient se procurer les denrées alimentaires qui leur manquaient.

 

   Leur architecture, quoique simple, était assez avancée : au début leurs maisons étaient partiellement sous le sol, avec un toit de feuillages et de branches. Il n’y avait pas de porte d’entrée, juste une ouverture dans le mur. Plus tard, les maisons furent construites complètement au-dessus du sol : on y accédait par une échelle menant à un trou sur le toit (l’échelle était enlevée en cas de danger). Montaigne, au XVIème siècle, évoque, dans le chapitre « Des coches » de ses Essais, l’art et le degré de civilisation des peuples du Nouveau Monde, notant que « la beauté de leurs ouvrages en pierrerie, en plume, en cotton, en la peinture, montrent qu'ils ne nous cedoient non plus en l'industrie. » C’est entre autres sur des considérations de même nature que s’était déjà appuyé le dominicain Bartholomé de Las Casas pour défendre les Indiens d’Amérique lors de la Controverse de Valladolid en 1550, destinée à déterminer s’ils avaient une âme et récemment relatée, à partir d’élément historiques, par Jean-Claude Carrière.

   Les Espagnols sont arrivés au Nouveau Mexique à la fin du XVIème siècle. C’est à cette période que des batailles importantes eurent lieu (1599-1601). Dès 1600, l’expédition espagnole baptise la communauté de Gran Quivira « Pueblo de las Humanas » ; le peuple lui-même devient les « Rayados », terme qui signifie « Indiens aux visages rayés ».

    Le premier missionnaire à y arriver fut Fray Alonso, en 1627. Il avait pour objectif d’évangéliser les Indiens, c’est-à-dire de les amener au Christianisme. Il dirigea la construction de la première église, qui était faite de matériaux bruts, donc très différente de l’image classique de l’église à cette époque. A partir de cette première construction, les Indiens sont de plus en plus exploités. En fait, en échange de l’instruction religieuse et de la protection militaire, était attendue une main d’oeuvre gratuite. L’évangélisation s’accompagne également d’une tentative de déculturation, passant d’abord par la substitution de la langue espagnole aux langues locales. Cet aspect des conquêtes étrangères au Nouveau Monde est entre autres dénoncé par Voltaire, au XVIIIe siècle, qui montre, en particulier dans l’apologue du « Nègre de Surinam », dans Candide, que la perte d’identité d’un peuple commence par l’oubli de sa langue.

   Après quelques années, un deuxième missionnaire arrive et tente directement d’étendre la religion chrétienne. Il investit les visitas dont le but était de procurer une éducation religieuse aux villages n’ayant pas de mission. Il veut également construire une église plus grande que la première mais n’y arrive pas, en raison de problèmes intérnes comme la sècheresse qui sévit pendant quatre ans et provoqua une famine et des attaques apaches. La population initiale qui s’élevait à environ 3000 habitants est réduite à quelque 1000 âmes. Une désertion vers les pueblos environnants s’avéra incontournable. Les « Rayados » émigreront ensuite vers El Paso, au Texas.

   Entre-temps naquit un conflit religieux. Le Dieu des chrétiens qui avait d’abord été intégré à l’amalgame des dieux indiens doit maintenant être le seul à être adoré. Les Espagnols détruisent donc toutes les idoles des Indiens. Cette autre pratique des conquêtes étrangères est également stigmatisée dans l’épisode du « Nègre de Surinam » où un esclave noir, porteur de la pensée de Voltaire, s’étonne du paradoxe entre le prêche des valeurs chrétiennes et les atrocités des conquérants européens : « Les fétiches hollandais qui m’ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d’Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais, si ces précheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m’avouerez qu’on ne peut pas en user avec ses parents d’une manière plus horrible ».
Révoltés contre les Espagnols dont ils comprennent, du reste, qu’ils ne mettent pas souvent en pratique ce qu’ils prèchent, ils décident de s’unir aux autres pueblos et finalement les chassent du Nouveau Mexique.

  En dépit de leurs exactions, les Espagnols ont quand même apporté aux « pueblos » une certaine technologie comme dans l’architecture. Celle-ci se manifeste, par exemple, dans l’amélioration des kivas, salles circulaires d’origine indienne qui servaient de chambre de cérémonie ou de lieu de réunion.

  En conclusion, nous pouvons dire qu’il était très intéressant de visiter cette mission non seulement car cela nous a permis de découvrir une autre culture, mais aussi parce que ces sites sont directement liés au mythe du « Bon Sauvage » étudié en classe et à la question de l’altérité. Cela nous a confirmé que, comme dans toutes les autres colonies, les Espagnols exploitaient les Indiens en prenant la religion pour prétexte. Leur objectif premier était de s’enrichir. Au XVIème siècle, le dominicain Bartolomé de las Casas dénonce déja la vénalité des « conquistadores ». Nous avons également pu constater nous-mêmes que, comme l’avait affirmé Montaigne, les civilisations pré-colombiennes « n’avaient pas besoin des Espagnols pour avoir une culture ». Enfin chez la plupart d’entre nous, cette visite a éveillé le sentiment que l’Homme, pour construire un futur, doit parfois retourner aux sources, voir le passé et le comprendre.

Stéphane DETCHOU, Yves NIMBONA, Bruno TAGER





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