Jean Clottes et l'art rupestre

(article d' Odile LE BIHAN, le Républicain Lorrain, mars 2000)
Jean Clottes, un des meilleurs connaisseurs de l'art rupestre, lève le voile sur cet art vieux de 40 0000 ans avec Le Musée des Roches (Seuil). Cet album, illustré de documents exceptionnels, permet de faire le tour du monde de l'art rupestre.

Le parcours de Jean Clottes est original. Professeur d'anglais au lycée de Foix, le jeune homme, taraudé par une exigeante passion pour la préhistoire, reprend des études à l'université de Toulouse et les mène jusqu'au doctorat ès Lettres et Sciences humaines (Préhistoire) -NDLR :après avoir fait sa thèse de sur les dolmens du Lot, il s'intéresse à l'art préhistorique, mobilier et pariétal et se spécialise dans ce domaine- . Hier directeur des Antiquités préhistoriques de Midi-Pyrénées, conseiller à la sous-direction de l'Archéologie, conservateur général du Patrimoine, il conduit aujourd'hui l'équipe scientifique d'étude de la grotte Chauvet et, avec Jean Courtin, celle de la Grotte Cosquer. Il a mené à bien de nombreux travaux de terrain: les fouilles des Dolmens du Lot, de la Grotte des Eglises et d'Enlène, de la Grotte du Placard et de l'Abri du Cuzoul. Il ne compte plus les relevés d'art rupestre: Grotte de Niaux, Réseau Clastres, Enlène, le Tuc d'Audoubert, etc... La passion de Jean Clottes est telle qu'il tient à la partager avec le plus grand nombre. Le préhistorien a donc des activités éditoriales au Seuil où il dirige la collection Arts rupestres et à La maison des roches où il a lancé les collections "Histoire de la France préhistorique" et "Terres préhistoriques". De nombreux ouvrages sur la grotte Cosquer, les chamanes de l'histoire, les voyages en préhistoire, pour ne citer qu'eux, ouvrent à un large public, des sujets jusqu'alors domaine des seuls spécialistes.

Le Musée des Roches, sous-titré L'art rupestre dans le monde, coupe court, d'entrée, aux clichés. "Lorsqu'on parle d'art rupestre, voire d'art préhistorique, on évoque immédiatement les cavernes profondes d'Europe, surtout celles de France et d'Espagne. Il est vrai que Lascaux, Altamira, Niaux, Chauvet et bien d'autres recèlent de véritables chefs d'oeuvre de l'art mondial, d'autant plus émouvants qu'ils sont anciens. Et pourtant l'art rupestre est beaucoup plus abondant sur les autres continents où, sur chacun, les sites se comptent par dizaine de milliers." En Europe, où on en répertorie quelques milliers, les grottes, les abris, les sites de plein air (découverts récemment au Portugal, à Foz Côa), appartenant au temps glaciaires, ne sont que 350... L'Afrique apparait comme le continent par excellence de l'art rupestre, avec plus de 100 000 sites, dont nombreux de très grande importance. L'Asie est moins connue et son art rupestre le plus souvent non daté. Cependant, tous les pays du Proche-Orient ont des sites admirables où l'art rupestre se présente sous forme de gravures. L'Océanie est riche de plus de 100 000 sites. Quant à l'Amérique, du Canada à la Patagonie, l'art rupestre y est extrêmement varié, avec, parfois, des peintures et des gravures spectaculaires, comme les gigantesques figures fantomatiques de la Great Gallery dans l'Utah, les représentations chamaniques extraordinaires de la Pecos River, au Texas ou au Mexique. Au Pérou, à Toro Muerto, se trouve un site remarquable de gravures sur plusieurs milliers de blocs rocheux. En Argentine, la Cueva de las Manos, avec ses centaines de mains négatives, est célèbre.

Style clair, esprit de synthèse et souci du détail signifiant, Jean Clottes sait tenir son lecteur en haleine et lui communiquer la foi qui l'anime. Comment dessinait-on sur les roches? Quelles étaient les techniques et les instruments pour la pratique de cet art. Que peignaient ou sculptaient les hommes préhistoriques? Existe-t-il des correspondances entre les peintures d'un continent et celles d'un autre, éloigné? Pourquoi les hommes ont-ils dessiné et gravé dans les grottes et les abris? Leur pratique avait-elle un sens religieux? Ces questions trouvent ici des réponses qui n'éludent pas les propres interrogations des chercheurs, car les connaissances évoluent, à la lumière des découvertes scientifiques et technologiques, pour dater les peintures, notamment. De superbes photos illustrent et appuient les propos de Jean Clottes.

Au cours de ses périples à travers le monde de l'art rupestre, Jean Clottes a vécu des situations particulières, parfois mystérieuses, souvent drolatiques. Il a repris ses notes de voyages et retrouvé le goût de ces anecdotes qui passent par le Niger, l'Australie, la Patagonie, ainsi que la France. Réunies sous le titre Grandes girafes et fourmis vertes (Ed. La maison des roches), ces petites histoires, sous forme de nouvelles, sont une autre façon d'aborder le monde fascinant de la Préhistoire.

PRINCIPALES PUBLICATIONS (source © Société du Musée canadien des civilisations )

La Grotte Cosquer. Peintures et gravures de la caverne engloutie. Paris, Éditions Le Seuil, 1994. Avec Jean Courtin.
Les Cavernes de Niaux. Art magdalénien de l'Ariège. Paris, Éditions Le Seuil, 1995.
The Limitations of Archaeological Knowledge. (ed.), Liège. Avec Talia Shay. L'art des objets au paléolithique. (ed.), Paris, Actes des colloques de la Direction du Patrimoine, 2 volumes.
La Grotte Chauvet, Jean-Marie Chauvet, Eliette Brunel- Deschamps, Christian Hillaire, éd. du Seuil, coll. "Arts rupestres" dirigée par Jean Clottes, Paris, 1995.