INCONNU À CETTE ADRESSERoman de KRESSMANN TAYLOR mis en scène
par Brigitte PIERRE
Kressmann Taylor est née en 1903. Elle fait des études de lettres et de journalisme, puis, après son mariage, passe plus de temps à écrire qu'à s'occuper de son foyer. Choquée par l'attitude antisémite d'anciens amis allemands cette femme discrète a alors un jour l'idée d'Inconnu à cette adresse. Lorsqu'elle remet le manuscrit à son mari - un publicitaire qui gère sa carrière - et à son éditeur, tous deux décident que "cette histoire est trop forte pour avoir été écrite par une femme". D'un commun accord, ils suppriment son prénom - Kathrine - pour le remplacer par son nom de jeune fille, Kressmann, qui peut passer pour masculin. Le succès de la nouvelle, publiée dans Story Magazine puis reprise par le Reader's Digest, lui permet alors de se consacrer entièrement à l'écriture et de devenir la première enseignante titularisée de l'université de Gettysburg (Pennsylvanie), avant de prendre sa retraite en Italie. Inconnu à cette adresse (Editions Autrement) a été publié en France en 1999 et a connu un succès immense.
Cette femme que l'on a longtemps crue " d'un seul livre" en a en réalité écrit plusieurs, dont Jour sans retour (Editions Autrement) qui a été publié en France en décembre 2001 . Ce roman s'inspire d'une histoire vraie et exemplaire d'un pasteur allemand que l'auteur a rencontré en 1940 par l'entremise du F.B.I. Kressmann Taylor est décédée en 1997. Source : http://www.alalettre.com/international/taylor-intro.htm LE TEXTE 1) extrait de par Olivier Le Naire La correspondance entre un galeriste juif américain et son ami allemand pendant la montée du nazisme. Un texte choc
Plus de soixante ans après sa rédaction, Inconnu à cette adresse connaît à peu près le même parcours en France. Sorti en mai, peu remarqué par la critique, le texte, sans presque jamais entrer dans la liste des best-sellers, a mené discrètement sa carrière pour frôler aujourd'hui les 40 000 exemplaires vendus. Pourquoi un tel succès? Parce que Inconnu à cette adresse, dense, efficace, machiavélique, est un texte choc. L'histoire, qui débute en 1932, se construit autour d'un échange épistolaire entre un certain Martin Schulse, galeriste américain retourné dans son Allemagne natale, et Max Eisenstein, son associé et ami, resté aux Etats-Unis. Leur correspondance suit le cours de cette amitié lorsque, missive après missive, Eisenstein s'aperçoit que son ami, son frère spirituel, sous l'emprise de l'hitlérisme triomphant, est en train de devenir antisémite. Est-ce une feinte pour échapper à la censure ou Martin, pris dans l'engrenage national-socialiste, est-il en train de devenir un monstre? A mesure que l'on s'avance dans cette lecture, il apparaît très vite que l'intérêt du récit dépasse de beaucoup la virtuosité de son auteur. Et l'on se pose à notre tour cette question: à qui vais-je faire découvrir Kressmann Taylor? source : http://livres.lexpress.fr/critique.asp/idC=1646/idR=10/idG=4
Il sagit de lhistoire de deux amis : Martin Schulse, un Allemand, et Max Eisenstein, un Juif américain. Voilà des années quils sont associés à San Francisco dans une affaire prospère de commerce de tableaux, "La galerie Schulse-Eisenstein", quand Martin, au début des années 30, décide de retourner dans son pays. La correspondance entre les deux amis commence le 12 novembre 1932 et sachèvera le 3 mars 1934. Moins de vingt lettres qui nous racontent à leur manière comment lHistoire peut sintroduire dans les destins particuliers et les emporter. Mais pas de commentaires, pas danalyse. Aucune digression de cet ordre dans un roman qui se lit comme un journal intime à deux voix. LHistoire y certes présente ; elle ne ménage pas ses effets, pas plus que ce livre dont on noublie pas une chute qui, pour être attendue, nen reste pas moins surprenante dans sa forme. De ces effets, lauteur choisit cependant de ne retenir que ceux quelle entraîne sur lamitié de deux hommes séparés dabord par la distance et désormais par leurs origines respectives. "Qui est cet Adolf Hitler qui semble en voie daccéder au pouvoir en Allemagne? Ce que je lis sur son compte minquiète beaucoup." écrit Max peu après le départ de Martin. A quoi ce dernier répond : "Franchement, Max, je crois quà nombre dégards Hitler est bon pour lAllemagne, mais je nen suis pas sûr ( ). Lhomme électrise littéralement les foules ; il possède une force que seul peut avoir un grand orateur doublé dun fanatique. Mais je minterroge : est-il complètement sain desprit ?" Comment Max, qui lit ces lignes, pourrait-il venir à penser que lamitié qui les lie, lui et Martin, et dont la force tient davantage de la fraternité que de lamitié mondaine, nait été jusqualors quun mirage de jeunesse ? "Je sais que ton esprit libéral et ton cur chaleureux ne pourraient tolérer la brutalité, et que tu me diras la vérité." La vérité ? Elle apparaîtra sans fioritures au Juif Eisenstein dès le 9 juillet 1933 : "Nous devons présentement cesser de nous écrire, lui répond son ami allemand. Il devient impossible pour moi de correspondre avec un Juif ; et ce le serait même si je navais pas une position officielle à défendre ( ). La race juive est une plaie ouverte pour toute nation qui lui a donné refuge. Je nai jamais haï les Juifs en tant quindividus toi, par exemple, je tai toujours considéré comme mon ami-, mais sache que je parle en toute honnêteté quand jajoute que je tai sincèrement aimé non à cause de ta race, mais malgré elle.". On sait que le tragique, comme le burlesque, tient au manque de proportion entre la situation et lhomme. En nous replaçant devant cette évidence avec une économie extrême, sans complaisance, sans littérature, ces pages abruptes et frémissantes atteignent à la grandeur des uvres qui ne nous parlent de rien dautre que de vérité humaine. Didier Hénique source :
http://www.fluctuat.net/livres/chroniques/inconnu.htm
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