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Les amants réguliers

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Un film qui ne laisse pas indifférent comme le prouvent ces deux articles écrits par Cécile Guillemin et Hermine Savary

 

Cécile Guillemin :

Paris, mai 1968. De jeunes amis qui fument du shit tout en exprimant leur r ê ve prometteur et réalisable de devenir artiste.

Au cours d'une nuit, les étudiants se rebellent contre une politique éducative trop rigide. Au sein de l'émeute, une silhouette légère se détache de temps à autre de la nuit pour attaquer d'un pas indécis les « CRS-SS », avant de regagner les barricades. Loin du bruit et du brouillard, les forces de l'ordre ripostent ; silencieux et solennel, un groupe d'hommes entièrement vêtus de noir effectue un mouvement machinal et calculé autour d'un équipement beaucoup plus sophistiqué. Un autre groupe, désordonné et muni de matraques et de boucliers, fonce comme à l'aveuglette vers les jeunes révoltés. Un cache-cache se met en place entre ces deux groupes opposés ; François évite les représailles en dormant sur les toits. Mais les « événements » sont de courte durée ; dès le lendemain matin, les jeunes sortent de leurs cachettes et rejoignent leur famille sereine, comme si ce n'avait été qu'un cauchemar. La violence de la veille semble déjà oubliée, mais elle a pourtant emportée avec elle leur avenir.

Dans un courant de communautarisme, la même troupe d'artistes vit désormais sous le même toit ; l'appartement bourgeois du mécène qui les approvisionne également en substances illicites.

Philippe Garrel présente une jeunesse désillusionnée durant une période grise, d'où le choix de l'image en noir et blanc. Il y a très peu de dialogues ou même de fond musical. Il arrive qu'on aborde le sujet d'une révolution rêvée, non violente et sans victimes ; mais ces conversations utopiques prennent vite fin, car on est bercé par le doux effet de l'opium qui aide à se faufiler hors de ce nouveau monde dépourvu de repères. Ainsi les événements semblent vite passer aux oubliettes ; le groupe parait vivre isolé, comme dans une bulle, dans une atmosphère de farniente et un mode de vie bohémien. D'ailleurs l'intrusion des deux commissaires de police qui viennent réclamer un impôt est tellement inattendue qu'elle semble presque anachronique. En effet les jeunes s'empressent de ranger les drogues en tout genre qui jonchent le sol, pour accueillir ces deux personnages qui viennent d'un autre monde. Le propriétaire règle sans problème la somme due tandis que les policiers, vus la dernière fois sous un angle négatif, s'enthousiasment de la beauté des oeuvres exposées. La relation chien chat présentée précédemment est totalement bouleversée, et les jeunes s'en étonnent autant que le public.

En ce temps de désillusion se rencontrent François et Lili, poète et sculptrice, aux visages dont la pureté est accentuée par l'image de William Lubtchansky. Car ce film fait avant tout le portrait de François, ce jeune homme sensible qui incarne en quelques sortes sa génération . Il est curieux, ambitieux, rêveur ; vivant. Lorsqu'il rencontre Lili aux beaux yeux, il la dévore du regard et lui promet de l'initier à la poésie (voir l'extrait proposé). Tous deux partagent des balades nocturnes avec un fond de jazz. L'amour qui les unit se renforce tous les jours, malgré la nouvelle attitude qu'adopte Lili. Elle est emportée par le courant de liberté (ou libération ?) sexuelle des années 70 et son esprit volage trouble François, plus traditionnel dans ce domaine-là. Mais dans cet élan de nouveauté et de d é couverte qui suit les manifestations étudiantes, le jeune homme accepte d'un air effaré qu'elle voit d'autres garçons lorsqu'elle lui demande naïvement son avis sur le sujet. Mais malgré ce comportement qui ne deviendra naturel qu'au cours des années 70, leur amour semble profond et fidèle, comparé à tout le reste qui semble insignifiant.

En effet les « événements » semblent avoir éteint une certaine « lueur de jeunesse ». Désormais la vie quotidienne est dépourvue de valeurs. Le réalisateur exprime par de très longs plans cette nouvelle attitude de « laisser-aller ». On se prélasse dans l'appartement, on fait des rencontres autour de l'opium.... La situation stagne, il semble qu'on ne va nulle part, qu'on n'a plus d'autre but que celui de se laisser porter par le cours tranquille de la vie. L'argent n'est pas une contrainte, mais un moyen pour le mécène de payer les dealers, ou occasionnellement une oeuvre d'art qui ne lui fait ni chaud ni froid . Ce n'est pas un outil pour se construire un futur r é ussit, mais plutôt pour profiter du moment présent. De même l'amour n'est plus pris au sérieux, puisqu'on partage son lit avec un inconnu, un ami, voir même l'amant de son meilleur ami. Le principal, c'est de vivre, de respirer la vie, sans réfléchir au passé ou même se poser la question du lendemain. C'est la bohème artistique.

Mais cette vie est une illusion ; si on n'aborde plus le passé, c'est qu'il est trop douloureux. Si on n'aborde pas le futur, c'est que toute forme d'ambition est éteinte, tout avenir a été consomme par ces événements. Ou bien ceux-ci ont mené trop brusquement les jeunes à la réalité. En effet, on pourrait croire que leur rêve d'être artiste s'est réalisé. Mais tout s'est mis en place dans un tel bousculement, la situation a été tellement bouleversée que les jeunes n'ont pas eu le temps de s'y adapter, d'en prendre conscience. L'instabilité des relations représente le manque de repères dans leur vie. En effet le groupe semble soudé, mais ses membres ne sont ensemble que physiquement. On évite de parler de ses états d'âme, et on noie sa tristesse et son besoin de contact humain dans l'amour. Autour de l'opium on se réunit pour s'assoupir seul dans un coin, pour faire son « trip » personnel dans un lieu rêvé. Mais, quoique tout le monde se taise, tous les jeunes partagent le même rêve d'un monde meilleur. De plus, le groupe est entièrement divisé dès que le mécène, source économique commune, s'en va. Ainsi chacun se retrouve face à face avec sa solitude, pour la première fois depuis les événements.

En effet ce thème est souvent repris à travers le film. La solitude de l'homme est représentée dans l'oeuvre des artistes , que cela soit par des mots, par des formes en argile ou par des tableaux sinistres. Tous pensent de la même façon et pourtant aucun n'est réellement écouté et compris. En effet le mécène achète le tableau du jeune peintre avant même de l'avoir observé, il n'en pense rien et refuse de se le faire offrir. De même les rimes de François le poète semblent s'envoler avec la fumée de l'opium. Celui qui semble le plus touché par cette solitude est un jeune homme qui tente en vain de se connecter avec les autres. Il est débordant de vie et dit porter des couleurs vives ; mais le choix de l'image en noir et blanc montre qu'il lui est impossible d'exprimer sa joie, par des couleurs que le public ne distingue pas. Il recherche ensuite l'amour du mécène qui, lui, ne s'attache à rien ni à personne. Enfin il est emporté par la folie et attire enfin l ‘attention des autres en mettant le feu à la maison ; on le voit pour la derni è re fois dans la voiture qui le mènera à l'hôpital psychiatrique.

Mais c'est François qui ne supporte pas non plus cet isolement. Éperdument amoureux de Lili, il est touché au plus profond de son âme lorsqu'elle quitte son lit pour en rencontrer un autre, et le rejoint directement après. Car l'amour semble être le seul lien qui le rattache au monde, qui lui apporte un rayon de soleil et qui donne un sens à sa vie. Sans Lili il est dépourvu de motivation et se rappelle que sa vie est trop grise pour continuer à être vécue. Cela explique sa réaction lorsque que Lili lui annonce qu'elle part en Amérique avec un artiste prometteur. Après un départ sans larmes, François vit ses derniers jours au ralenti ; il semble errer entre la vie et la mort, tel un somnambule.En vain il recherche du contact, un dernier signe d'amour dans les lettres de Lili qui ne fait que lui raconter sa nouvelle vie.

Ainsi le concept d'anarchie est ici observé avec une vision pessimiste, malgré les apparences. Cette jeunesse avait en fait besoin de limites, de repères. Elle a obtenu une liberté trop large, trop vite. François incarne cette jeunesse sensible heurtée et perdue, qui connaît une évolution négative ; de l'ambition à l'amour et à la drogue, qui le poussent au suicide. C'est le portrait du poète destiné à mourir de solitude. Dans cet appartement reculé du monde, dans cette fausse utopie, l'amour est le seul sentiment qui semble réel. Mais le contraire est prouvé avec l'expérience de François, qui ne peut supporter la dure réalité.

En parallèle avec l'évolution de la jeunesse, « Les Amants Réguliers » expose un pont entre deux périodes. En trois heures, à travers de longs plans presque dépourvus de mouvements et de son, on assiste pourtant à un tournant décisif dans l'histoire. Cette idée est d'ailleurs souvent montrée par des escaliers symboliques, lieux de passage entre deux mondes. Après une période de rigidité excessive selon les jeunes, on pénètre petit à petit dans les années 70 où la liberté sexuelle et le relâchement des moeurs dominent.

Le réalisateur aborde des idées sérieuses tout en conservant une certaine légèreté propre à ce film. Il étudie en profondeur ces « événements de mai 1968 » -qui n'ont droit qu'à une place ridicule dans les cours d'histoire du lycée-, et rejette l'euphémisme du nom donné à cette période. Quoique long et lent en apparence, chaque scène de ce film porte un symbolisme et une richesse de la psychologie des personnages ; il suffit d'être patient, pour s'habituer à son rythme volontairement ralenti. Le portrait générationnel et individuel que Philippe Garrel y peint méticuleusement font des « Amants Réguliers » un chef d'oeuvre incontestable.

 

Louis Garrel

 

Hermine Savary :

Malgré ses récompenses du Lion d'Argent à la 62e Mostra de Venise, et de l'obtention du prix Louis Delluc 2005, ce film n'a pas eu beaucoup de succès le premier jour de sa sortie (en effet seulement 416 entrées le premier jour à Paris). Ce film a été réalisé par Philippe Garrel, père du jeune acteur Louis Garrel que l'on a pu apercevoir dans Ceci est mon corps (2001), Ma mère (2004), ou encore Dans Paris (2006). Il partage l'affiche avec Clotilde Hesme une actrice peu connue pour l'instant, mais qui séduit le public avec son sourire charismatique, elle a aussi tourné dans Le Chignon d'Olga en 2002.

Le réalisateur quant à lui a beaucoup plus de films derrière lui, sa première réalisation datant de 1964 : Les enfants désaccordés , puis plein d'autres qui suivirent dont The Who en 1966, l'Enfant secret en 1979 et Sauvage innocence en 2001.

Synopsis :

Mai 68. Des événements violents prennent place dans la France entière, les étudiants qui sont à la base de ce mouvement veulent tout changer, refaire valoir leurs droits et reproduire à leur façon une Révolution qui éclatait dans l'Hexagone il y a 179 ans. Parmi ces anarchistes on suit l'évolution de François Dervieux, poète, toujours planqué chez son ami Antoine où il retrouve son groupe de copains avec qui il fume par dépendance du haschisch. Tombé amoureux fou de Lili, sculpteuse, qu'il a rencontré lors des barricades monstrueuses crées de toutes pièces sur les Champs Elysées, il a du mal à assumer le coté libertin de sa petite amie qui est pour lui l'amour de sa vie. L'après « révolte » lui permet de vivre une vie plutôt confortable, remplie par traîner, aimer, buller, fumer jusqu'au jour où son ami Antoine décide d'aller vivre au Maroc dans l'espoir de se trouver un destin. Grâce à Lili qui pose pour un peintre célèbre, ils s'installent dans un petit appartement mais sa vie bascule dans l'enfer le jour où Lili décide d'aller s'installer aux Etats-Unis pour suivre son « protecteur »…

 

Critique :

Trois heures de film, noir et blanc .Voilà tout ce que j'ai entendu sur ce film avant d'aller le voir. D'accord j'aurais peut être du me renseigner un peu plus mais pourquoi ne pas tenter, on ne sait jamais sur quoi on peut tomber. Après quelques minutes afin que mes yeux s'habituent aux images sans couleur, on assiste à un combat violent entre des CRS et des jeunes qui retournent des voitures, enflamment des cocktails Molotov pour ensuite s'enfuir comme des lapins poursuivis d'arrache pied par une police profondément décidée à faire payer ce groupe de malfaiteurs. Ce que je n'ai pas compris c'est pourquoi on aperçoit entre le début de la lutte armée entre les deux camps, et la fin les mêmes jeunes gens mais habillés de façon démodée, en robe longue et informe pour les filles et pour les garçons des culottes agréés de collants blancs (en allusion à la Révolution française peut être ? Mystère.). Bref le début reste toujours un grand point d'interrogation pour moi, la suite étant beaucoup mieux même si les longs plans qui sont semblables se succèdent sans grand intérêt si ce n'est que l'on voit des « hommes » en train de se droguer, tentant de séduire des femmes et qui argumentent sur une idée utopique, philosophique de la vie tout en remettant toute la société en question.

Ce film est quand même beau, car on suit l'évolution d'une histoire d'amour émouvante et pourtant irréelle tant elle semble parfaite, réciproque et passionnée . La fin nous « ramène » enfin à la réalité, avec des plans atrocement lents où rien ne se passe, si ce n'est le personnage principal qui attend un événement qui n'arrivera jamais...On retrouve encore nos Sans Culottes de la Révolution dans un songe profond de François ou rien ne parait d'avoir un lien, tout est flou, confus dans notre tête et dans la sienne bien sûr. On quitte le personnage mâle le plus attachant du film sur sa mort, dévasté par un amour qui n'existe plus.

Comme vous avez pu le constater je ne vous conseille pas d'aller voir ce film, mais il faut bien s'ouvrir à tout genre de cinéma pour pouvoir se forger un avis, j'aurais à présent quelque chose à répondre a la question fatidique du plus mauvais film jamais vu…

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