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Article de Cécile Guillemin - Classe de seconde option cinema audio visuel
Au cours de la dernière séquence, les parents de Tarek sont filmés ensemble, au beau milieu de la nuit. Dans le salon, le père joue de la cithare tandis que sa femme l'écoute à ses côtés, puis partage une cigarette avec lui. En plus de la mélodie qui devient off, s'ajoute une musique de fond, qui annonce des stockshots. En effet, des scènes fictives on passe à des images d'archive, réellement filmées lors de la guerre. D'ailleurs elles sont moins nettes, les personnages trop réels et les scènes trop spontanées pour être fictives. Puis on retourne à la scène précédente où on observe un travelling arrière qui permet à Tarek d'entrer dans le champ. Il est dans l'ombre tandis que son père est éclairé en arrière plan et flou, mais le fait qu'il sanglote attire l'attention sur l'adolescent. C'est donc astucieusement que le réalisateur réussit à nous faire remarquer seulement après qu'à l'arrière plan la mère a disparu, laissant le père jouer seul, alors qu'on se trouve dans le même plan. Puis le son profond revient pour insérer une autre scène qui, cette fois-ci, montre Tarek et sa mère sur la plage. En contre jour (dû au coucher de soleil ), l'adolescent la filme au bord de l'eau avec sa Super 8. Puis on voit les deux qui rient et qui se « plient » littéralement en deux au ralenti ; ce n'est donc plus Tarek qui filme. On imagine que c'est une image passée car la mère qui avait disparu réapparait, comme un souvenir de son fils.
La fin du film suggère maintes choses et entraîne des interrogations chez le spectateur. Grâce aux stockshots qui résument la guerre, les souffrances infligées au peuple ainsi que les libérateurs, on a en quelques sortes une idée du futur qui ne sera pas filmé mais qui se passera réellement. Dans cette scène, les parents sont réunis par la musique, ainsi que les cigarettes et l'amour. En quelques sortes ce sont les seuls éléments qui leur restent durant et après la guerre, et qui les aideront à survivre. Ils semblent d'ailleurs suffisants pour les rendre heureux. Malgrè la guerre et ses horreurs, on réussit à trouver un moment de plaisir, moment fort et intense qui est d'autant plus apprécié à cette époque-ci. Le couple reste uni et même se rapproche autour de la musique. Celle-ci est une tentative de retourner dans le passé, puisque le père affirme n'y avoir pas joué depuis trop longtemps. La musique est donc un élément critique puisqu'elle permet la réunification, le renforcement des liens, l'aveu de la mère qui prononce son amour toujours fort pour le père, et permet de rappeler la jeunesse et les bons moments passés. Lors de la scène précédente les deux parents se demandaient si la guerre ne les déchirerait pas, le père optimiste disait que « la guerre rapproche et renforce les liens ». Cela annonce le « départ » de la mère. Après ce dialogue accompagné d'une musique mélancolique et d'images de guerre, on comprend l'absence de la mère dans la scène suivante. On présume ainsi que la guerre ne l'a pas epargnée. Par contre on sait qu'elle n'a pas fui comme elle le désirait auparavant, car Tarek est toujours là, et il pleure. Le père continue à jouer car il garde sa promesse de demeurer avec elle, et de ne pas s'arrêter de vivre avec la guerre. C'est elle qui l'a réinitié à la cithare et d'en jouer lui rappelle alors sa femme. Tarek aussi va rester lié avec sa mère, par les sentiments et les souvenirs. En effet lorsqu'il la filme sur la plage, on ne voit tout d'abord que sa silhouette, car il y a un contrejour ; c'est une impression d'apparition, comme si la mère, soit disant décédée, était comparée à un ange. Puis l'image suivante et ultime conclut bien le film, mais pas le souvenir de Tarek qui sera éternel. En effet, l'image en noir et blanc traduit bien le rire, la complicité qui lie le fils et sa mère ; au ralenti, puis en images si lentes qu'elles se superposent et semblent decoupées, les deux têtes semblent entrer en collision. Puis la lenteur du mouvement suggère sa perpétualité dans le coeur de Tarek. Ainsi la dernière séquence est une bonne conclusion non seulement du film mais également de la situation politique du Liban. La scène filmée exprime bien l'évolution des personnages à travers la guerre. En effet, il y a la réconciliation des deux parents qui, avec les quelques mots – si durs à dire – prononcés par la mère ( « je t'aime encore » ) , semblent liés à jamais. Cette dernière semble également résolue à ne pas quitter son mari pour fuire la guerre. Elle a compris que de se séparer ne ferait qu'empirer la situation et limiter leurs chances de survie. Aussi Tarek pleure, alors qu'il était présenté dès le début comme joueur, heureux et ayant la joie de vivre. Mais on retrouve cette impression à la dernière image, ce qui suggère deux choses importantes. Tout d'abord on réalise que c'est une image du passé qui montre le contraste entre le bonheur d'avant-guerre et le désespoir d'après-guerre. Mais on peut aussi l'interpréter comme le fait que Tarek retrouvera le sourire et réussira à s'en sortir sans jamais oublier les bons moments passés avec sa mère.
Bref, cette dernière séquence est très bien adaptée pour la cloture de l'histoire fictive aussi bien que de celle du Liban. La guerre est montrée sous deux angles différents ; naturellement de facon négative en ce qui concerne les horreurs, les injustices et la mort de proches, mais aussi de facon plus positive lorsqu'il s'agit du renforcement de liens déjà forts, de la prise de conscience d'un amour réciproque, de l'évolution de chaque personnage et du fait d'apprécier les moments les plus communs. D'ailleurs, la famille de Tarek se console et trouve un dernier moment de bonheur avant la mort de la mère, regroupés autour de la musique, du tabac et de l'amour. En effet ce sont les seuls éléments qui vont les aider à survivre, auxquels s'ajoutent les souvenirs, à la fin.
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